Et si le véritable progrès numérique consistait aussi à demander moins de renseignements personnels ?

Vous achetez un jean en magasin. À la caisse, on vous demande votre adresse courriel. Pour un reçu électronique ? Des promotions ? Un programme de fidélité ? Vous vouliez simplement payer votre vêtement. Tous les commerces ne l’exigent pas, et ces services peuvent être utiles. Mais une question demeure : pourquoi transmettre des informations personnelles lorsque la transaction pourrait se terminer autrement ? Le même réflexe apparaît lorsqu’on consulte des prix, télécharge des documents ou cherche un emploi. Certaines données sont nécessaires ; d’autres sont surtout avantageuses pour l’entreprise. À l’occasion du lancement de sa nouvelle application mobile, Emplois spécialisés propose d’examiner cette frontière entre service, consentement et liberté de choix.

Acheter un produit : quelles données sont vraiment nécessaires ?

Au Québec, la Commission d’accès à l’information rappelle qu’une entreprise doit justifier la nécessité des renseignements recueillis. Leur utilité marketing ne suffit pas [1]. Pour livrer un colis, des coordonnées sont pertinentes ; pour remettre un jean acheté en boutique, l’adresse courriel n’est pas systématiquement indispensable.

Une demande polie n’est pas automatiquement abusive. Mais le consommateur devrait comprendre à quoi sert l’information et si l’achat demeure possible sans la fournir.

TABLEAU 1 — Avant de transmettre une information

Si une entreprise n’a pas besoin d’une donnée pour rendre son service, pourquoi la demander automatiquement ?

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Consentir : le refus est-il aussi simple que l’acceptation ?

En 2024, le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada a examiné 145 sites et applications. Parmi ceux-ci, 99 % présentaient au moins un indicateur de conception trompeuse : refus compliqué, choix déséquilibrés ou informations difficiles à trouver [2]. Cet examen exploratoire ne représente pas tous les sites du pays et ne prouve pas, à lui seul, une infraction.

Il révèle néanmoins un problème concret : un bouton « Tout accepter » peut être plus facile à trouver que les paramètres de confidentialité. Or, un choix ne devient pas libre simplement parce qu’une case à cocher existe.

FIGURE 1 — Le consentement dans les interfaces examinées

FIGURE 1 — Le consentement dans les interfaces examinées

Source : Commissariat fédéral à la protection de la vie privée, ratissage 2024, n = 145 [2]. Échantillon exploratoire ; catégories non exclusives.

Peut-on parler d’un véritable choix quand dire non demande plus d’efforts que dire oui ?

Chercher un emploi : faut-il s’identifier avant de décider ?

Un travailleur déjà en poste peut vouloir observer les salaires, comparer des horaires ou découvrir des employeurs sans déposer immédiatement son CV. Explorer le marché et poser sa candidature sont deux décisions distinctes.

Un CV contient des informations importantes : parcours, formation, coordonnées et expériences. Ces données deviennent pertinentes lorsque la personne décide de postuler, mais pas nécessairement lorsqu’elle souhaite simplement découvrir des possibilités.

FIGURE 2 — Trois étapes, trois niveaux d’engagement

FIGURE 2 — Trois étapes, trois niveaux d’engagement

Schéma explicatif, non statistique : consulter → conserver des favoris → transmettre une candidature.

Pourquoi faudrait-il dévoiler son identité professionnelle avant même d’avoir choisi de changer d’emploi ?

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Une application québécoise peut-elle proposer un autre modèle ?

Selon les caractéristiques annoncées par Emplois spécialisés, son application permet de consulter les offres et d’enregistrer des favoris sans compte. Le développeur indique qu’elle ne comporte ni publicité ni traqueurs publicitaires et ne demande pas l’accès aux contacts ou à la géolocalisation. Ces affirmations ne remplacent pas un audit indépendant ; une candidature nécessite toujours le traitement de données personnelles [5, 6].

La question est importante : dans une enquête canadienne menée en février et mars 2025, 89 % des personnes interrogées se disaient préoccupées par leur vie privée, tandis que 40 % estimaient que les entreprises respectaient ce droit [3]. Les deux pourcentages portent sur des questions et des bases différentes.

FIGURE 3 — Vie privée : inquiétude élevée, confiance limitée

FIGURE 3 — Vie privée : inquiétude élevée, confiance limitée

Source : Commissariat à la protection de la vie privée du Canada, 2025 ; 1 500 répondants et sous-échantillon de 750 pour la perception des entreprises [3]. Questions distinctes : ces pourcentages ne sont pas complémentaires.

Le progrès consiste-t-il à connaître toujours plus les utilisateurs ou à leur laisser davantage de contrôle ?

Appli Emplois spécialisés: vie privée et confidentialité privilégiées

La confiance commence par le droit de choisir

La collecte de données n’est pas mauvaise en soi. Une livraison exige une adresse ; une candidature exige des renseignements pour communiquer avec l’employeur. Mais la nécessité d’une information doit être expliquée, non présumée.

Avec sa nouvelle application, Emplois spécialisés propose une distinction simple : découvrir d’abord, s’identifier lorsqu’on décide d’aller plus loin. Ce choix n’élimine pas les responsabilités de confidentialité ; il montre qu’on peut concevoir autrement l’expérience numérique.

Et si la prochaine avancée technologique n’était pas de tout savoir sur nous, mais de respecter ce que nous choisissons de ne pas partager ? La prochaine fois qu’on vous demandera votre courriel pour acheter un jean, une question suffira : « Est-ce vraiment nécessaire ? »


Explorez la nouvelle application Emplois spécialisés

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FAQ — Les réponses en bref

  1. Un magasin peut-il demander mon courriel ? Oui, mais la collecte doit respecter notamment le principe de nécessité applicable au Québec [1]. Puis-je recevoir des promotions après un achat ? Certaines relations d’affaires permettent un consentement tacite limité et encadré par la Loi canadienne anti-pourriel [4].
  2. Peut-on consulter les emplois sans compte ? Selon Emplois spécialisés, oui, y compris les favoris ; postuler demande des renseignements [5, 6].
  3. Sans publicité signifie-t-il sans collecte ? Non. Il faut distinguer les traqueurs publicitaires des informations nécessaires aux services.

Sources officielles