Publicité gouvernementale, campagnes électorales, protection des travailleurs et recrutement : dans un contexte où chaque dollar compte, le Québec doit s’interroger sur la destination de ses investissements numériques.
En pleine période de tensions commerciales avec les États-Unis, le Canada cherche à protéger ses industries, à soutenir ses entreprises et à renforcer son autonomie économique. Pourtant, une partie de nos investissements publicitaires continue de profiter aux grandes plateformes numériques internationales comme Google, Meta, LinkedIn et Indeed. Ces entreprises offrent des services utiles, mais leur place dans nos habitudes d’achat mérite une réflexion plus large.
Selon le rapport fédéral 2024-2025, le gouvernement du Canada a consacré 78,15 millions de dollars à la publicité, dont 40,57 millions en placements numériques réalisés par son agence de coordination. Les achats sur les médias sociaux ont représenté environ 7,55 millions. Ces données concernent toutes les campagnes au Canada, et non spécifiquement les dépenses québécoises de recrutement.
Les chiffres essentiels
| Publicité fédérale 2024-2025 | Placements numériques via agence | Personnes en emploi au Québec |
| 78,15 M$ | 40,57 M$ | 4,54 millions |
Données : Services publics et Approvisionnement Canada (2024-2025) et Statistique Canada (septembre 2026). Les montants fédéraux ne sont pas des dépenses de recrutement au Québec.
Au Québec, cette question prend une dimension sociale. La pauvreté, l’itinérance, les difficultés d’accès au logement et les pressions sur les services publics rappellent que nos ressources sont limitées. Il ne s’agit pas de supprimer les communications nécessaires, mais de réfléchir aux retombées économiques de chaque dépense : peut-elle atteindre son objectif tout en soutenant davantage nos entreprises, nos médias et nos emplois ?
La souveraineté numérique concerne aussi les infrastructures, les renseignements personnels et notre capacité à rejoindre directement les travailleurs. Dans le recrutement, cette dépendance est visible : des employeurs d’ici investissent continuellement auprès de plateformes étrangères pour rejoindre des personnes qui vivent et travaillent au Québec.
Le Québec possède pourtant une infrastructure médiatique et technologique importante. Depuis 2012, nous y contribuons avec Emplois spécialisés, un réseau de 35 sites professionnels auquel s’ajoute aujourd’hui une nouvelle application mobile. Notre conviction : donner plus de place aux solutions d’ici parce qu’elles peuvent répondre concrètement aux besoins des employeurs et des travailleurs.
Argent public et dépenses électorales : à qui profitent nos investissements ?
La souveraineté économique commence aussi par les décisions d’achat de nos institutions. Sur les 64,20 millions de dollars en achats médias réalisés par l’agence fédérale de coordination en 2024-2025, environ 63 % ont été consacrés au numérique contre 37 % aux médias traditionnels.

Figure 1 — Achats médias fédéraux par l’agence de coordination, exercice 2024-2025. Catégories distinctes du total publicitaire gouvernemental de 78,15 M$.
Les dépenses sociales fédérales par plateforme

Figure 2 — Dépenses publicitaires fédérales sur les médias sociaux, toutes campagnes confondues ; source : rapport fédéral 2024-2025.
| Plateforme | Montant déclaré |
| 2 461 943 $ | |
| Snapchat | 1 738 319 $ |
| Facebook et Instagram | 1 409 238 $ |
| 954 876 $ | |
| 767 111 $ | |
| TikTok | 182 491 $ |
| X | 38 894 $ |
| Total | 7 552 872 $ |
La présence de montants attribués à Facebook et Instagram, malgré l’arrêt annoncé de la publicité fédérale sur Meta en juillet 2023, appelle une clarification administrative ; ces chiffres ne doivent pas être assimilés d’emblée à de nouveaux achats directs.
Les campagnes électorales doivent aussi entrer dans l’analyse. Les partis, les candidats et les tiers investissent lors des scrutins fédéraux, provinciaux et municipaux. Leurs dépenses doivent toutefois être présentées séparément des achats gouvernementaux : dépenses électorales totales, publicité et revenus reçus par les plateformes ne sont pas interchangeables.
Pour prendre de meilleures décisions, trois critères sont essentiels :
- Transparence : publier les achats par fournisseur, plateforme et pays de propriété.
- Responsabilité économique : documenter les retombées locales des investissements.
- Efficacité : comparer les résultats, les prix et les obligations applicables.
Une politique privilégiant les fournisseurs canadiens mérite un examen sérieux. Elle devrait tenir compte de la disponibilité des services, des règles commerciales et des objectifs des campagnes.
Nos travailleurs méritent mieux qu’une simple relation publicitaire
Le Québec comptait environ 4,54 millions de personnes en emploi en septembre 2026. Certaines recherchent activement un nouveau poste ; d’autres souhaitent simplement rester ouvertes à de meilleures conditions. Les plateformes comme Indeed, LinkedIn, Facebook ou Google peuvent produire des résultats, mais elles contrôlent leurs mécanismes de diffusion et leurs conditions commerciales. Un employeur peut acheter de la visibilité sans nécessairement développer un lien direct et durable avec son marché professionnel.
Lorsqu’une campagne dirige des candidats vers un réseau social, elle peut aussi contribuer à renforcer sa fréquentation. Ce mécanisme est plausible, mais son ampleur n’est pas mesurée : il faut le distinguer de la dépense publicitaire elle-même.
La confidentialité est un besoin réel, pas un luxe
Changer d’emploi peut être une démarche discrète. Un travailleur déjà en poste peut vouloir comparer les salaires ou préparer une transition sans exposer ses intentions. Certaines plateformes utilisent des données comportementales pour personnaliser leurs annonces ; les pratiques diffèrent selon les services et doivent respecter les exigences applicables de protection des renseignements personnels.
Un travailleur ne devrait pas avoir à échanger une partie de sa vie privée contre la possibilité de découvrir un meilleur emploi.
Nous croyons qu’il faut faciliter la consultation d’offres sans inscription obligatoire à un réseau social et limiter la collecte aux renseignements nécessaires. Pour les employeurs, la performance devrait se mesurer aussi en candidatures pertinentes et en embauches, pas seulement en impressions.
Emplois spécialisés : 35 sites québécois réunis dans une expérience mobile
Depuis 2012, nous développons Emplois spécialisés selon les réalités des métiers et des régions. Notre réseau réunit aujourd’hui 35 sites, notamment en construction, santé, génie, environnement, municipalités, mines et industrie manufacturière. Sur Emplois en construction, par exemple, les travailleurs retrouvent des occasions propres à leur industrie : la spécialisation facilite une recherche plus pertinente.
Une seule application, plusieurs univers professionnels
Disponible sur iPhone et Android, notre application regroupe les occasions de nos sites spécialisés tout en préservant leur identité. Reliée à la base de données du réseau, elle affiche les nouvelles offres dès leur publication. Les travailleurs peuvent parcourir les possibilités de leur secteur, créer leur CV une fois et gérer leurs démarches sur leur téléphone.
| Fonctionnalité | Bénéfice pour le travailleur |
| Sites spécialisés réunis | Des occasions adaptées au métier et aux intérêts |
| Offres en temps réel | Les nouveaux emplois dès leur publication |
| CV et candidature mobile | Un profil à créer une seule fois ; postuler rapidement |
| Favoris et suivi | Sauvegarder des offres, même sans compte, et gérer ses démarches |
| Confidentialité intégrée | Aucune publicité ni aucun traqueur publicitaire dans l’application |
La vie privée des travailleurs : notre engagement
Pour nous, la vie privée n’est pas un argument marketing. Notre application a été conçue sans publicité ni traqueurs publicitaires, sans demander d’accès aux contacts ou à la géolocalisation. Les communications sont chiffrées et l’authentification utilise des mécanismes sécurisés. Les renseignements professionnels servent aux démarches de recrutement, et non à la constitution d’audiences de publicité comportementale.
Notre modèle repose sur les services offerts aux employeurs, pas sur la monétisation publicitaire du comportement des travailleurs. Comme tout service permettant de créer un CV, nous recueillons les données nécessaires aux fonctions demandées et nous devons en protéger l’usage.
Pour les employeurs, un accès mobile supplémentaire
L’application ajoute un nouveau point de contact aux offres diffusées sur nos sites spécialisés. Elle facilite les démarches, y compris pour des personnes qui occupent déjà un emploi et consultent discrètement le marché. Nos sites, infolettres, communautés et services de recrutement constituent des canaux complémentaires : l’objectif est de favoriser des candidatures pertinentes, sans promettre des résultats identiques pour toutes les professions.
Notre ambition : un million d’abonnés uniques
Notre réseau rassemble déjà une communauté importante répartie entre ses différents canaux. Nous voulons maintenant réunir un million d’abonnés uniques autour d’une force québécoise de recrutement. Un million de travailleurs québécois représenterait un bassin équivalent à environ 22 % des 4,54 millions de personnes en emploi ; c’est une illustration de l’ambition, pas notre portée actuelle. Notre réussite se mesurera surtout à l’activité de la communauté, au consentement, à la pertinence des profils et aux résultats de recrutement.
La souveraineté numérique se construit une décision d’achat à la fois
La souveraineté numérique ne devrait pas être une simple réaction aux tensions commerciales. Elle représente un enjeu durable pour nos institutions, nos entreprises et nos travailleurs. Dans une société confrontée à des défis sociaux importants, chaque investissement mérite d’être évalué pour son efficacité immédiate et ses retombées économiques.
La publicité gouvernementale et les dépenses électorales offrent un point de départ à cette réflexion. Encore faut-il distinguer les budgets institutionnels, les dépenses des partis et les achats réels auprès des plateformes. Une transparence accrue aiderait les citoyens et les décideurs à comprendre où va l’argent et ce qu’il permet d’accomplir.
La protection des travailleurs doit aussi compter dans nos décisions. Explorer de nouvelles possibilités professionnelles devrait se faire sans collecte publicitaire inutile, avec une compréhension claire de l’usage des renseignements personnels. Pour les employeurs, la spécialisation, la facilité de candidature et la qualité des profils sont des critères aussi importants que la visibilité.
Chez Emplois spécialisés, nous avons consacré plus de 14 ans à construire une infrastructure québécoise de recrutement. La nouvelle application mobile rapproche nos sites spécialisés des travailleurs et développe une relation plus directe. L’ambition d’un million d’abonnés traduit notre volonté de bâtir, avec les employeurs et les travailleurs, une force collective durable.
Avant de renouveler automatiquement un budget sur les grandes plateformes internationales, comparons sérieusement les solutions d’ici. La souveraineté numérique n’est pas seulement une question de préférence locale : elle signifie conserver des choix, protéger nos renseignements et soutenir nos capacités économiques. Chaque dollar compte. Et sa destination compte tout autant.
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FAQ — Souveraineté numérique et recrutement
Pourquoi privilégier les fournisseurs canadiens ? Pour favoriser les retombées locales et réduire certaines dépendances, tout en comparant prix, qualité, résultats et conformité.
Les dépenses électorales font-elles partie des budgets publicitaires gouvernementaux ? Non. Gouvernements, partis politiques, candidats et tiers déclarent leurs dépenses dans des cadres distincts.
Comment notre application protège-t-elle la vie privée ? Elle ne contient ni publicité ni traqueurs publicitaires, ne demande pas d’accès aux contacts ni à la géolocalisation et chiffre les communications. Les données professionnelles servent aux fonctions de recrutement.
Que change la nouvelle application mobile ? Elle réunit les offres spécialisées, permet de créer un CV, de conserver des favoris et de gérer les candidatures sur iPhone et Android.
Références et documentation
- Services publics et Approvisionnement Canada — Rapport de publicité 2024-2025
- Statistique Canada — Enquête sur la population active, septembre 2026
- Institut de la statistique du Québec — Mesure du panier de consommation
- Élections Québec — Financement et dépenses
- Commissariat à la protection de la vie privée — Publicité comportementale