Vers une transition économique durable, un marché du travail renouvelé et une intégration mature de l’IA

Entre 2020 et 2024, le Québec a traversé une période d’incertitude rarement vue en cinquante ans. La pandémie, les ruptures logistiques, la flambée de l’inflation, les hausses rapides des taux d’intérêt et la tension sur le logement ont redéfini les priorités sociales. Selon Statistique Canada, l’inflation moyenne a dépassé 6,8 % en 2022, un sommet en trente ans, avant de ralentir graduellement pour se stabiliser sous les 3 % en 2024.

L’ISQ estime que le pouvoir d’achat réel des ménages québécois a fluctué de manière importante, avec des variations plus prononcées dans les grandes régions métropolitaines, où le logement absorbe désormais jusqu’à 35 % du revenu disponible en moyenne.

En parallèle, le marché du travail a résisté. Le taux de chômage québécois a oscillé autour de 4,5 % en 2022–2023, un niveau historiquement bas, avant de remonter légèrement en 2024 et 2025, suivant les cycles mondiaux. La rareté de main-d’œuvre demeure un enjeu majeur : près de 220 000 postes vacants ont été recensés au Québec en 2023, et plusieurs secteurs — soins de santé, construction, technologies, manufacturier — dépassent encore les seuils d’équilibre nécessaires pour stabiliser leurs opérations.

L’année 2025 marque une transition psychologique. L’économie ralentit, mais se stabilise. Les ménages respirent un peu mieux, même si leur budget reste contraint. Les organisations comprennent mieux l’intégration de l’intelligence artificielle et amorcent un virage vers des automatisations mûres.

L’Observatoire canadien du travail numérique note d’ailleurs que 63 % des entreprises québécoises ont intégré au moins un outil d’IA générative dans leurs processus internes en 2024.

En 2026, une idée émerge : nous avons quitté la période de survie. La société entre dans une phase de continuité, de reconstruction et de vision.

Cet article propose de comprendre d’où l’on vient, d’observer lucidement où nous sommes et de tracer les contours de la décennie 2030.

2020–2024 : les années de rupture qui ont changé le travail et l’économie

Les années 2020–2024 ont bousculé la structure économique du Québec. La pandémie a reconfiguré les chaînes d’approvisionnement, augmenté la dépendance technologique et révélé la fragilité du logement et des services essentiels.

Entre 2021 et 2023, la hausse du coût du panier d’épicerie (+20 % selon StatCan) a réduit la marge de manœuvre des ménages. Le marché du travail s’est tendu, entraînant une hausse rapide des salaires dans plusieurs secteurs, notamment en santé (+6,8 % entre 2021 et 2023) et en technologies.

Actions clés

  • Reconnaître le poids des chocs successifs.
  • Planifier en fonction des impacts durables.
  • Adapter les politiques RH aux nouvelles attentes.
  • Revoir les stratégies salariales en contexte inflationniste.

Quand tout bouge en même temps, les employés cherchent d’abord un point fixe.

2025 : l’année de la stabilisation lucide et du réalisme économique

En 2025, l’économie québécoise ralentit, mais cesse de dériver. L’inflation se stabilise, les salaires réels cessent de reculer et les entreprises ajustent leurs modèles.

L’ISQ note une amélioration du moral économique malgré un pouvoir d’achat encore sous pression. Les organisations adoptent un discours plus humain, plus transparent et plus ancré dans la réalité. L’intégration de l’IA passe d’un phénomène expérimental à une pratique opérationnelle.

Actions clés

  • Rendre les communications économiques plus humaines.
  • Investir dans la formation liée à l’IA.
  • Stabiliser les équipes grâce à des pratiques prévisibles.
  • Revoir les politiques d’attraction selon les nouveaux comportements.

Quand la poussière retombe, les travailleurs veulent savoir où ils mettent les pieds.

2026 : la stabilité retrouvée et la continuité dans l’intégration de l’IA

2026 marque un tournant. Les taux d’intérêt devraient amorcer une descente progressive, réduisant la pression sur les ménages. Le marché du travail se rééquilibre grâce à une meilleure mobilité interne et à l’intégration croissante de l’automatisation.

L’IA devient un outil normalisé : selon les projections du CEFRIO, 70 % des PME québécoises pourraient utiliser l’IA pour au moins une fonction opérationnelle d’ici 2026. Le manufacturier entre dans une phase 4.0 avancée — voire 5,0 — où machines, capteurs et algorithmes soutiennent les équipes plutôt que de les remplacer.

Actions clés

  • Intégrer l’IA de manière responsable.
  • Réinvestir dans la productivité locale.
  • Stabiliser les conditions de travail.
  • Encourager la mobilité et les parcours internes.

En 2026, l’IA cesse de surprendre : elle commence à servir.

2026–2030 : automatisation, nouveaux marchés et souveraineté industrielle

La décennie 2030 ouvre de nouveaux marchés. L’électrification des transports, la fabrication de batteries, la robotique industrielle, la cybersécurité et les technologies propres créeront des milliers d’emplois qualifiés.

Le Québec pourrait jouer un rôle important dans la production locale de véhicules électriques, de composants critiques et d’applications IA souveraines. L’UMQ souligne que plusieurs municipalités investissent déjà dans des technologies vertes afin d’encourager l’innovation manufacturière.

Actions clés

  • Soutenir la transition vers le manufacturier 5.0.
  • Former les travailleurs aux compétences d’avenir.
  • Encourager les partenariats gouvernement–industrie.
  • Miser sur la production locale et les chaînes courtes.

On ne subit plus les marchés : on recommence à les créer.

Ce qui va déjà mieux — et pourquoi il faut le dire clairement

Le Québec gère mieux ses défis sociaux. Les municipalités adoptent des stratégies intégrées pour lutter contre l’itinérance. Les citoyens tolèrent moins le gaspillage public, forçant les gouvernements à plus de transparence. L’environnement n’est plus un enjeu secondaire : il oriente désormais l’aménagement, les infrastructures et la stratégie industrielle.

Actions clés

  • Communiquer honnêtement les améliorations.
  • Soutenir les politiques durables.
  • Récompenser la gestion responsable.
  • Investir dans la prévention sociale.

Quand la société devient exigeante, la gestion publique devient meilleure.

2026–2030 : la décennie de la maturité économique

Le Québec entre dans 2026 avec plus de stabilité qu’en cinq ans. Les ménages ont absorbé les chocs successifs, les entreprises savent où investir et les décideurs, qu’ils soient publics ou privés, comprennent mieux les dynamiques sociales. Les années 2020–2024 resteront une période de rupture, mais elles auront au moins permis de clarifier les priorités : souveraineté industrielle, pouvoir d’achat, innovation responsable, attractivité durable.

Les organisations devront adopter une approche plus humaine et plus disciplinée. Les travailleurs recherchent la stabilité, mais aussi la progression. L’intégration de l’IA, loin de remplacer massivement les emplois, devient un accélérateur de compétences et un stabilisateur opérationnel. La productivité se déplace vers une logique collaborative où humains et systèmes travaillent ensemble.

La décennie 2030 sera celle de la reconstruction ambitieuse : mieux planifier nos infrastructures, renforcer notre industrie, produire davantage ici, former nos travailleurs et revoir nos modèles d’affaires. Le Québec a le potentiel de devenir un leader dans les véhicules électriques, la robotique, les chaînes d’approvisionnement courtes et les solutions numériques responsables.

L’avenir n’est pas garanti, mais il est ouvert. Et pour la première fois depuis longtemps, il est lisible.


FAQ

  1. Pourquoi 2026 est-elle perçue comme une année de stabilité ? Parce que l’inflation se stabilise, les taux d’intérêt devraient baisser et les entreprises comprennent mieux comment intégrer l’IA.
  2. L’IA menace-t-elle les emplois au Québec ? Les données actuelles montrent surtout une transformation des tâches. L’IA soutient les équipes plus qu’elle ne les remplace.
  3. Quels secteurs québécois bénéficieront le plus du manufacturier 4.0 et 5.0 ? Le transport électrique, la robotique, l’aéronautique, l’énergie propre et la métallurgie spécialisée.
  4. Le pouvoir d’achat remontera-t-il réellement d’ici 2030 ? Il devrait se reconstruire graduellement si les salaires continuent de rattraper l’inflation et si les taux baissent comme prévu.
  5. Le Québec peut-il vraiment développer ses propres voitures ou technologies majeures ? Oui, grâce à ses ressources en batteries, à son expertise énergétique et à son écosystème manufacturier en croissance.

Références officielles

  • Statistique Canada — Indicateurs économiques 2023–2025
  • ISQ – Revenu disponible et pouvoir d’achat des ménages
  • UMQ – Innovations municipales et transition énergétique
  • CRHA – Tendances RH et technologies du travail
  • CEFRIO/Observatoire du travail numérique — Intégration de l’IA en entreprise