Nos messages parlent avant même que nous ayons l’occasion de nous expliquer… « Contactez-moi, mais pas par texto. » La phrase peut être parfaitement légitime. Une personne peut préférer un appel, un courriel ou une rencontre pour discuter d’un sujet important. Toutefois, lorsqu’elle ne précise pas comment poursuivre l’échange, elle laisse le destinataire deviner.

Cette situation résume bien notre époque. Nous n’avons jamais eu autant de moyens pour communiquer, mais nous ne savons pas toujours comment rendre nos messages clairs, complets et respectueux. Une réponse comme « Oui », « OK », « Je vais voir » ou « Salut » peut convenir dans une conversation familière, mais devenir ambiguë dans une relation professionnelle.

Nous sommes jugés sur nos messages, que nous le voulions ou non. Cela ne signifie pas qu’une faute isolée révèle l’intelligence, la compétence ou la valeur d’une personne. Cela signifie que nos habitudes répétées deviennent des comportements observables, auxquels les autres attribuent une signification.

C’est comme porter des bas blancs avec un pantalon noir. Le détail ne résume pas nécessairement une personne, mais il peut attirer l’attention et provoquer une interprétation.

Les données montrent l’importance de ces nouveaux comportements :

  • 77 % des Canadiens communiquaient chaque semaine avec leurs amis en ligne en 2022 ;
  • Cette proportion atteignait 93 % chez les 15 à 24 ans ;
  • 94 % des internautes québécois utilisaient les réseaux sociaux en 2025 ;
  • 89 % les consultaient chaque jour, pour une moyenne de 3 h 41.

La communication numérique n’est donc plus secondaire. Elle touche désormais la famille, les amis, les clients, les collègues, les candidats et les employeurs.

Textos secs, « OK » et abréviations : ce que vos messages laissent comprendre

Un message transmet une information, mais il produit aussi une impression. « Oui, je confirme ma présence jeudi à 14 h » permet de comprendre l’accord et la prochaine étape. « Oui » peut obliger le destinataire à relancer l’expéditeur, parce qu’il ne sait pas exactement ce qui est confirmé.

Le phénomène est parfois appelé dry texting, ou communication sèche. Il ne concerne pas seulement la longueur d’un message, mais aussi son ton, son absence de contexte et son manque apparent d’engagement. Une étude publiée en 2025 dans le Journal of Experimental Psychology : General a réuni plus de 5 300 participants dans huit expériences. Les messages comportant des abréviations étaient souvent perçus comme demandant moins d’effort, ce qui réduisait la sincérité perçue et la longueur des réponses. Fang, Zhang et Maglio

Les chercheurs ont notamment observé que :

  • 99,3 % des participants disaient utiliser des abréviations ;
  • 84,2 % croyaient que les autres ne les percevaient pas négativement ;
  • les messages abrégés recevaient généralement moins de réponses ;
  • les réponses obtenues étaient souvent plus courtes.

Ces résultats ne prouvent pas qu’une personne qui écrit rapidement est négligente. Ils montrent plutôt que le destinataire interprète les traces laissées par le message. Une faute isolée ne définit personne, mais une communication constamment incomplète peut influencer la confiance accordée à l’expéditeur.

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Politesse numérique : pourquoi la clarté protège nos relations

Dans une conversation en personne, la voix, le rythme et les expressions du visage complètent les mots. Dans un texto, le destinataire doit davantage interpréter la longueur du message, le délai de réponse, la ponctuation et le choix des termes.

Statistique Canada rapporte qu’en 2022, 22 % des personnes interrogées estimaient que leurs activités en ligne pouvaient provoquer de l’anxiété, de la déprime ou de l’envie. De plus, 8 % mentionnaient des répercussions sur leurs relations et 24 % sur le sommeil, le travail ou les études. Statistique Canada

Une analyse portant sur plus de deux millions d’utilisateurs et 16 milliards de courriels a aussi observé que les personnes recevant davantage de messages répondaient à une plus petite proportion d’entre eux et utilisaient des réponses plus courtes. Kooti et ses collègues

La clarté devient particulièrement importante lorsque les conséquences d’une mauvaise compréhension sont élevées :

  • En bureautique, il faut préciser la tâche et l’échéance ;
  • Dans un cabinet juridique, il faut distinguer la réception d’un document de son approbation ;
  • Dans une municipalité, il faut identifier le dossier, l’adresse et la question ;
  • En génie, il faut préciser le plan, la version et les impacts ;
  • En construction, une consigne liée à la sécurité mérite souvent un appel.

La politesse numérique ne demande pas d’écrire longuement. Elle consiste à réduire l’effort mental imposé à l’autre personne et à rendre la prochaine étape compréhensible.

Ghosting professionnel : quand le silence remplace une réponse

Toute absence de réponse ne constitue pas du ghosting. Une personne peut être occupée, malade, en déplacement ou temporairement incapable de répondre. Le ghosting apparaît lorsqu’une relation ou une démarche est engagée, qu’une réponse est attendue et que la communication cesse complètement sans explication.

Les données internationales montrent que le phénomène est devenu important dans le recrutement. Selon une enquête Indeed menée en 2023, 35 % des chercheurs d’emploi n’avaient reçu aucun accusé de réception après leur candidature. Après une deuxième ou une troisième entrevue, la proportion de personnes affirmant avoir été ghostées atteignait 40 %. Indeed

Une enquête Greenhouse menée auprès de 2 500 travailleurs aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Allemagne indiquait également que 61 % des chercheurs d’emploi avaient été victimes de ghosting après une entrevue, une hausse de neuf points depuis avril 2024. Greenhouse

Le phénomène peut toucher :

  • Un candidat après une entrevue ;
  • Un employeur après une promesse de suivi ;
  • Un fournisseur après une soumission ;
  • Un client après une demande détaillée ;
  • Une personne qui accepte une offre, puis ne se présente jamais.

Une étude menée auprès de 554 personnes sans emploi n’a pas démontré de différence statistiquement significative entre l’absence de réponse, un refus impersonnel et une réponse personnalisée. Les chercheurs recommandent néanmoins de poursuivre les recherches sur les conséquences à long terme. Wood et ses collègues

Le ghosting n’a donc pas exactement le même effet sur tout le monde. Il empêche toutefois souvent l’autre personne de savoir si elle doit attendre, relancer ou abandonner. Une courte fermeture demeure généralement préférable à un silence prolongé.

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Du bureau au chantier : adapter sa communication au contexte

Il n’existe pas une seule manière de communiquer dans tous les secteurs. Un texto efficace entre des travailleurs habitués à collaborer peut sembler trop bref dans un cabinet juridique ou lors d’un premier contact avec un candidat.

Les attentes des chercheurs d’emploi illustrent cette évolution. Dans le rapport 2024 de Greenhouse, 42 % des personnes interrogées souhaitaient une meilleure communication avec les recruteurs. De plus, 38 % recherchaient davantage de clarté pour se démarquer, tandis que 28 % voulaient mieux comprendre l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le recrutement.

Dans la pratique, la même règle doit être adaptée au contexte :

  • En bureautique, « Bonjour Julie, je te transmets la version vérifiée avant 15 h » facilite le suivi ;
  • En droit, « J’ai reçu le contrat ; je vérifie les clauses et je vous répondrai mercredi » évite une fausse approbation ;
  • En municipalité, une demande précise accélère le traitement du dossier ;
  • En construction, l’appel demeure préférable lorsqu’une consigne touche la sécurité ;
  • En génie, l’identification du plan et de la version protège la qualité du projet.

La politesse numérique n’est donc pas une question de supériorité linguistique. Elle constitue une méthode de collaboration qui réduit les relances, les erreurs, les tensions et l’incertitude.

La politesse numérique est devenue une compétence de qualité de vie

La politesse numérique n’est pas une leçon de morale ni un retour nostalgique aux anciennes bonnes manières. Elle constitue une meilleure pratique de communication adaptée à la réalité actuelle.

Nos téléphones mélangent les conversations personnelles, les clients, les collègues, les candidatures et les fournisseurs. Les habitudes développées dans un univers se transportent donc facilement dans l’autre.

Une faute isolée ne définit pas une personne. Un message court ne prouve pas automatiquement un manque de respect. Une réponse tardive ne constitue pas toujours du ghosting.

Cependant, les habitudes répétées influencent l’impression que nous laissons. Les études sur les abréviations, la ponctuation, la surcharge de courriels et le ghosting montrent que le destinataire ne reçoit pas seulement nos mots. Il interprète aussi notre niveau d’attention et notre volonté de poursuivre la relation.

En ressources humaines, la communication est souvent la première porte d’entrée avec un candidat. Avant même l’entrevue, l’employeur observe la façon dont la personne répond, pose une question, confirme une disponibilité et respecte un engagement.

Le candidat observe exactement la même chose chez l’employeur.

Redéfinir la politesse numérique ne signifie pas exiger une écriture parfaite. Il s’agit de respecter le temps de l’autre, de choisir le bon canal, de donner le contexte nécessaire et de fermer les conversations importantes.

Cette discipline améliore la collaboration et réduit la charge mentale, autant au travail qu’à la maison.

La politesse n’a pas disparu. Elle a simplement changé de support.

Sur Emplois spécialisés, la qualité de la communication commence dès la première impression. Une offre d’emploi claire, complète et humaine aide les candidats à comprendre le poste et favorise une relation de confiance avant même le premier contact.

Avant d’envoyer votre prochain message, demandez-vous : « La personne comprend-elle clairement ce que j’attends d’elle ? »


Note méthodologique

Les données de Statistique Canada proviennent principalement de l’Enquête canadienne sur l’utilisation d’Internet de 2020 et de 2022. Les données de NETendances ont été recueillies auprès de 989 internautes adultes du Québec en juillet 2025. Les données d’Indeed et de Greenhouse proviennent de marchés internationaux et ne doivent pas être extrapolées directement au Québec.

Les études psychologiques mesurent principalement la perception des messages, et non la personnalité ou la compétence objective des personnes qui les écrivent.


Références